Le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) a remporté dimanche les élections régionales en Saxe-Anhalt, dans l’est de l’Allemagne, avec un score inédit de 43,8 % des voix. Malgré cette large victoire, la formation ne dispose pas de la majorité absolue nécessaire pour gouverner seule.
Selon les résultats officiels provisoires, tous les bulletins ont été dépouillés. L’AfD a plus que doublé son score de 2021, lorsqu’elle avait obtenu 20,8 % des suffrages, établissant ainsi son meilleur résultat dans une élection régionale allemande.
La CDU, principale composante de la coalition fédérale dirigée par le chancelier Friedrich Merz, arrive loin derrière avec 17,2 %, en recul de 19,9 points par rapport au précédent scrutin.
Le SPD obtient 9,3 %, devant les Verts (8,9 %) et Die Linke (8,6 %). De son côté, le BSW de Sahra Wagenknecht fait son entrée au Parlement régional avec 5,3 % des voix. Le FDP, qui participait au gouvernement régional sortant, échoue à franchir le seuil électoral avec 2,6 %.
L’AfD à trois sièges de la majorité absolue
La nouvelle assemblée régionale comptera 83 députés. Avec 39 sièges, l’AfD se trouve à seulement trois élus de la majorité absolue, fixée à 42 sièges.
La CDU obtient 15 sièges, tandis que le SPD, les Verts et Die Linke en décrochent chacun huit. Le BSW sera représenté par cinq élus.
Pour constituer une majorité sans l’AfD, la CDU devrait donc composer avec le SPD, les Verts, Die Linke et le BSW. Une alliance entre la CDU, le SPD et les Verts ne disposerait que de 31 sièges, et même l’arrivée de Die Linke porterait le total à seulement 39.
La formation du prochain gouvernement s’annonce donc particulièrement délicate. Le responsable du BSW, Thomas Schulze, a laissé entendre que son parti pourrait discuter avec toutes les formations, y compris l’AfD. À l’inverse, le chef de file de la CDU et ministre-président sortant, Sven Schulze, a exclu toute coopération avec le parti d’extrême droite.
L’AfD revendique une « victoire historique »
Le candidat de l’AfD au poste de ministre-président, Ulrich Siegmund, s’est félicité d’un résultat qu’il qualifie d’historique. Il a affirmé que son parti avait atteint l’objectif fixé et souhaitait désormais obtenir le soutien de formations ou de députés partageant son projet de changement politique.
Siegmund s’est toutefois déclaré opposé à la formation d’un gouvernement minoritaire. En cas d’échec des négociations, il n’exclut pas la tenue de nouvelles élections et estime même que l’AfD pourrait alors atteindre entre 50 et 55 % des voix.
La coprésidente de l’AfD, Alice Weidel, a pour sa part salué « un résultat historique » et un « mandat très clair pour gouverner ». Elle a également critiqué le refus de la CDU de coopérer avec son parti.
Le coprésident de l’AfD, Tino Chrupalla, a déjà fixé un autre objectif : les élections fédérales de 2029, qu’il considère comme une échéance déterminante pour permettre à son parti d’accéder au pouvoir.
Un vote particulièrement favorable chez les jeunes
L’AfD arrive également en tête dans presque toutes les classes d’âge. Selon une enquête réalisée le jour du scrutin par Infratest dimap pour la chaîne publique ARD, le parti recueille notamment 42 % des voix chez les 18-24 ans et 44 % chez les 25-34 ans.
Son score atteint même 53 % auprès des 35-44 ans et des 45-59 ans, tandis qu’il obtient 47 % chez les 60-69 ans. Chez les électeurs âgés de 70 ans et plus, l’AfD fait jeu égal avec la CDU, à 31 %.
Ulrich Siegmund, visage de l’AfD en Saxe-Anhalt
Né en 1990, Ulrich Siegmund est issu du monde de l’entreprise. Après des études en psychologie des affaires et en gestion, il a travaillé dans le marketing avant de faire son entrée au Parlement régional de Saxe-Anhalt en 2016.
Il est aujourd’hui coprésident du groupe parlementaire de l’AfD dans le Land.
Son parcours politique a toutefois été marqué par la controverse. En novembre 2023, il avait participé à une réunion organisée à Potsdam au cours de laquelle avaient été évoquées des propositions concernant le départ de migrants d’Allemagne. Le Parlement régional avait indiqué qu’un projet portant sur l’expulsion de millions de personnes issues de l’immigration avait été discuté.
En février 2024, Siegmund avait été démis de la présidence d’une commission parlementaire à la suite de cette affaire.
Des manifestations contre l’AfD
La victoire du parti d’extrême droite a également suscité des mobilisations dans plusieurs villes allemandes.
À Francfort, environ 2 500 personnes ont manifesté pour réclamer l’examen d’une éventuelle procédure d’interdiction de l’AfD. À Berlin, plusieurs centaines de personnes ont défilé entre le quartier gouvernemental et la représentation de la Saxe-Anhalt. Une autre manifestation s’est tenue à Mayence.
L’agence allemande de renseignement intérieur considère la branche régionale de l’AfD comme une organisation d’extrême droite avérée. Elle estime que certaines composantes du parti défendent une conception raciste et ethnique de l’identité nationale, jugée incompatible avec l’ordre constitutionnel démocratique allemand.
Une victoire qui fait réagir en Europe
Le résultat de l’AfD a rapidement dépassé les frontières allemandes. Plusieurs médias internationaux ont largement commenté cette percée électorale, présentée comme historique pour l’extrême droite allemande.
En Europe, les réactions ont été contrastées. Le Premier ministre polonais Donald Tusk a vivement critiqué la victoire de l’AfD, tandis que le dirigeant italien de la Ligue, Matteo Salvini, a au contraire félicité Alice Weidel et son parti. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a également salué le résultat, tout comme le dirigeant néerlandais du PVV, Geert Wilders.
En France, les réactions ont également divergé. Jean-Luc Mélenchon a dénoncé le retour de l’extrême droite en Allemagne et critiqué les responsables centristes européens. Fabien Roussel a estimé que l’AfD continuait de progresser sur fond de difficultés sociales, tandis que Nicolas Dupont-Aignan a présenté sa victoire comme une « bonne nouvelle pour la paix ».
À l’inverse, l’ancien Premier ministre Gabriel Attal a qualifié le résultat de « véritable signal d’alarme », appelant à en tirer les leçons pour la France.
Le scrutin allemand intervient alors que d’autres élections régionales sont prévues le 20 septembre, à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. La progression de l’AfD sera donc particulièrement scrutée lors de ces prochains rendez-vous électoraux.
